Histoire de cet âne rarissime :
Des ânes ont été chargés dans les bateaux des premiers immigrants français débarquant au Canada suite à l’exploration de Jacques Cartier dans les années 1500. L’histoire des premières implantations a été difficile : le froid, la neige, l’hiver de six mois, les attaques des Indiens. Beaucoup de villages furent attaqués, incendiés, et leurs habitants assassinés.
C’est sans doute pendant ces combats que des ânes ont repris leur liberté et se sont enfuis dans la forêt. Ils se sont alors multipliés pendant quatre siècles sans que personne ne s’en soucie vraiment.
Seuls les trappeurs les chassaient pour en faire une viande boucanée qu’ils mangeaient avec du sirop d’érable. Pour échapper à cette traque, les troupeaux d’ânes allaient de plus en plus haut vers le nord, à l’extrême limite de la forêt, à la frontière du territoire inuit, aujourd’hui le Nunavut.
Pourquoi les ânes du Québec ont-ils pris cette teinte blanche ? Aujourd’hui encore, les plus grands spécialistes de la génétique de l’institut vétérinaire de Montréal se posent la question. Sans doute différents facteurs se mélangent-ils : un ancêtre commun parmi les ânes d’Egypte, qui sont blancs, ou alors un facteur héréditaire d’albinisme dû au climat, ou encore une adaptation progressive au territoire neigeux six à huit mois de l’année.
Depuis quelques années, les Canadiens s’intéressent à leurs ânes sauvages, et ont capturé certains spécimens afin de les domestiquer de nouveau. Bientôt, on verra peut-être des ânes de traineaux concurrencer les moto-neiges sur les pistes du Grand Nord !
Prix :
Compte-tenu de sa rareté, l’âne Grand Blanc du Québec coûte une fortune. Un petit mâle se négocie aux environs de 22.000 dollars canadiens. Une petite femelle atteint trois fois ce chiffre, mais aucun éleveur ne s’en sépare.
Taille :
Le mâle atteint 4’7″ au garrot, la femelle 4’3″
Couleur :
Blanche uniforme, sauf la pointe des oreilles et le bout du museau.
Spécificités :
L’âne Grand Blanc du Québec est un animal au caractère très fort et aux réactions imprévisibles. Toutefois, il s’entend très bien avec les autres animaux de la forêt. On en voit souvent brouter tranquillement parmi les troupeaux de caribous ou d’élans. Un trappeur a déclaré avoir aperçu un ânon adopté par un troupeau de boeufs musqués, et nourris par les femelles.
L’âne Grand Blanc est extrêmement méfiant et presque impossible à approcher. Il sent l’homme à des kilomètres et seuls les hélicoptères équipés de caméras avec télé-objectifs peuvent espérer en saisir un sur la pellicule.
Gestation :
L’âne Grand Blanc du Québec possède une particularité très rare chez les mammifères, qui est l’adaptation de la durée de la gestation aux conditions climatiques. En effet, la gestation de la femelle, qui est de treize mois chez les ânes communs, varie entre 13 et 17 mois chez le Grand Blanc. Par un phénomène encore inexpliqué, la femelle attend toujours le printemps et les premières fruits de la forêt pour ânonner.
Pigmentation :
L’âne Grand Blanc du Québec ne peut être élevé suivant nos conditions et à nos latitudes. Par un phénomène aujourd’hui encore inexpliqué, la couleur blanche du poil disparaît en deux générations lorsque l’animal n’est plus dans son environnement sauvage et froid. Il n’y aura donc jamais de Grand Blanc du Québec dans les foires aux ânes françaises ou au Salon de l’Agriculture.
Photo :
Voici une photo prise sur la banquise dans la baie d’Hudson, près du village de Chisasibi. On voit une mère et son petit immobiles, luttant contre les assauts d’un très fort blizzard, qui enlève toute notion de relief à l’horizon. C’est le fameux “white-out”. Outre leur épaisse fourrure, les deux animaux sont recouverts par le givre.
