La naissance d’un bât

Ce soir, j’ai éteint la lumière de l’atelier et tiré la lourde porte.

Sur l’établi, bloqué dans son gabarit de montage repose notre dernière création, le bât Bassador pour mules et chevaux. Demain matin, il me demandera un couple d’heures de finition avant de partir vers les Pyrénées.

Pour assembler un bât, il faut d’abord réunir les différentes pièces qui dorment sur les étagères depuis quelques semaines : 2 longerons, 4 arceaux, 2 traversiers, 2 planchettes porte-plots, 10 patins, 1 renfort métallique, 4 coulisseaux, 1 harnachement de cuir, et une brouettée de boulons, de vis et de pontets.

Ensuite commence le plaisir : caresser le bois de chaque pièce, relever les petites imperfections qui donnent la vie au bois, poncer un angle trop pointu, régler le coulissement des arceaux, poser les cuirs neufs.
La notion de temps disparaît, tant que tout n’est pas parfait. Chaque bât est unique. C’est l’âme même de l’artisanat.