Laissez-moi vous conter une belle histoire d’âne et de randonnée, survenue voici une vingtaine d’années. C’était bien avant la création de Randoline.
J’en ai oublié le nom des protagonistes et des animaux mais ce n’est pas très grave.
En cette année partait sur le chemin de Saint Jacques un pèlerin, appelons-le Pierre, accompagné de son âne Diabolo. Nous nous étions entretenus avant son départ pour quelques conseils techniques. Son voyage se passait très bien et il était parvenu à une encablure de Santiago. Dans quelques jours il foulerait enfin les pavés de la place de l’Obradoiro. Mais c’était sans compter l’arrivée soudaine d’une camionnette à pleine vitesse, qui ne put éviter Diabolo et le tua net.
Pierre était désespéré de la perte de son petit compagnon, au point qu’il termina là son chemin, et rentra chez lui.
Cependant oyez bien la suite : cette même année était partie Henri vers monsieur Saint Jacques, avec son âne Mistigri. Henri m’avait également contacté avant son départ et nous avions longuement échangé sur son projet. Mais voici que destin s’acharnait cette année sur les marcheurs de l’inutile. Alors qu’il était parvenu à la mi-temps de l’Espagne, Henri succomba brusquement à une crise cardiaque. Ses enfants, prévenus par les autorités espagnoles, vinrent recueillir le corps de leur père et gérer les formalités. Quand vint le temps de s’occuper de l’âne, ils se trouvèrent désemparés et me téléphonèrent. Je leur conseillai de rapatrier la petite bête en France dans un premier temps, puis de réfléchir à lui trouver une nouvelle famille.
Et puis rapidement se mit en place une autre musique. Accepteraient-ils de faire don de Mistigri à un autre pèlerin ? Je les rappelai et leur demandai de contacter Pierre, qui venait, lui, de perdre son âne quelques semaines auparavant. Peut-être que….
Et le peut-être devint oui.
L’année suivante, Pierre et Mistigri reprirent le chemin. Et, par un beau jour de juin, les deux nouveaux compagnons parvinrent enfin devant l’immense cathédrale posée à l’extrémité de la Galice.
La parole était tenue, le rêve achevé, le malheur brisé.
