Enfin le gouvernement a pris la mesure des choses et compris à quel point le traumatisme était grand dans la population des randonneurs avec un âne, population qui augmente chaque année. Longtemps ignorés, ce sourd malaise, cette blessure profonde, peuvent engendrer des situations de blocage transgénérationnelles et ruiner des familles.
Sur cette masse de randonneurs partis pour le rêve, nombreux ceux qui qui rencontrent un jour un problème qui pourrit leurs vacances. C’est un patin qui se fend, une courroie qui lâche, un bât entier qui chavire, un cuir qui blesse, les yaourts mélangés avec les œufs, et la belle randonnée se termine chez mamie à l’île de Ré. Adieu le bivouac au bord du lac de montagne, adieu le soleil dormant sur les glaciers, adieu le bruit du cailloutis sous les robustes godillots.
Des semaines à ruminer l’échec, des mois à digérer la fin du rêve, des années à porter la culpabilité sourde et l’impuissance récurrente, des lustres à supporter le regard des enfants.
Enfin a été inaugurée la cellule nationale d’écoute « SOS ça ne va bât ». Chacun peut exprimer ses douleurs, verbaliser ses regrets, assumer la douleur. Un seul numéro : 06-66-66-66-66, cellule ouverte 24/24 et 7/7.
