Château de Fontainebleau, mai 2004

Par les hasards de FaceBook et les tristes nouvelles des incendies est ressortie sur mon téléphone cette photo, que j’aime beaucoup. Ferdinand, mon petit compagnon de voyage, et moi sommes photographiés ensemble devant le grand escalier du château de Fontainebleau. C’était le 23 mai 2004 et nous prenions le départ pour une belle randonnée sur les traces de l’Histoire en direction de Berlin, où nous arriverions dix semaines plus tard.

Cette photo m’a touché un peu plus que les autres fois car voici quelques jours, sur un groupe FaceBook ânier, une visiteuse a mis un « Grrr » sur une publication dans laquelle un randonneur présentait son animal en situation de marche, bâté, chargé de bagages et prêt à partir.
Curieux, je suis allé jeter un œil sur la page de cette dame et j’y ai trouvé le salmigondis habituel sur l’exploitation animale.
Je ne sais comment on appelle ces gens qui estiment que tout attachement à nos frères les animaux est une forme cachée d’esclavage. Mais en résumé, bâter un âne et l’obliger, sous la menace bien évidemment, à marcher à nos côtés en souffrant, la chose est évidente, ferait de nous de gros pervers adeptes de la torture.

Nous qui sommes tous des amoureux des ânes, qui aimons ces petites bêtes chaleureuses et indisciplinées, avons de la peine à accepter de tels jugements à l’emporte-pièces, de la part de gens qui n’ont absolument rien vécu de ce que nous vivons avec nos animaux.
La chose est aussi vraie pour un chien ou un chat.

Quand je me revois lors de ce départ pour une longue randonnée, auprès des oreilles de mon pépère, je ne me souviens à aucun moment d’une relation contrainte. Bien au contraire, quand Ferdinand apercevait le matériel de randonnée, bât, sacoches, tente, au moment de la préparation, il tentait de pousser la barrière pour se mettre sur la ligne de départ (il l’a d’ailleurs cassée une fois…). Il était heureux de partir marcher, tout comme j’étais heureux de marcher avec lui. Partager ce long voyage, bivouaquer ensemble, ressentir les mêmes émotions devant les beaux paysages rencontrés, recevoir les câlins et les carottes tout le long de la route…

A aucun moment il n’y a de relation de force, nous sommes bien au-delà de ça.

Et puis il y a ces moments de douceur, quand il venait blottir sa grosse tête sur mon ventre pour recevoir un grattouillis d’oreilles, ces moments de gourmandise quand il apercevait la tartine de miel au petit matin.

Quand on a marché tant de jours avec son petit animal, on sait les choses.
Quand on ne l’a jamais fait, on ne sait rien.
Et quand on ne sait rien, on se tait.